Biden, une investiture historique



Ce mercredi 20 janvier, le 46e président américain Joe Biden a été investi à la Maison Blanche, ainsi que sa vice-présidente, Kamala Harris. Bilan d’une journée historique dans l'histoire des Etats-Unis et de ce qu’elle annonce.


Un protocole sanitaire et sécuritaire renforcé

Cette cérémonie d’investiture américaine s’inscrit dans un double contexte de pandémie mondiale (particulièrement meurtrière aux Etats-Unis), et de fortes tensions sociales liées aux élections. Avec près de 25 millions de cas recensés et une moyenne de plus de 200 000 par jour, il s’agit du pays le plus touché par la COVID-19 au monde. Le protocole sanitaire du président Biden était donc fortement contraint par rapport aux années précédentes : aucun public autorisé, celui-ci ayant été remplacé par 200 000 drapeaux. En effet, la foule, et plus particulièrement son ampleur, ont été jusqu’à cette année un atout politique pour les anciens mandataires, un argument quantitatif permettant d’illustrer sa popularité. Autre point plus anecdotique : la Maison-Blanche, d’une superficie de 5100 m², a dû être entièrement désinfectée avant la venue du nouveau président de 78 ans. Mais le protocole sécuritaire a aussi été largement renforcé cette année. Plus de 25 000 militaires ont été déployés durant la cérémonie, contre 8 000 pour l’investiture de Trump en 2017. Leur rôle a été très largement de quadriller Washington DC, car la circulation dans la capitale était restreinte, celle-ci étant divisée en deux zones : une rouge entre le Capitole et la Maison Blanche, où seuls les véhicules autorisés pouvaient circuler, et une verte, accessible aux résidents et aux travailleurs. L’assaut du Capitole du 6 janvier dernier avait aussi soulevé des interrogations quant à la sécurité du président élu, et a catalysé un certain nombre de mesures de renforcement sécuritaire de la cérémonie en amont : le fameux bâtiment du Parlement américain s’est, durant la semaine précédant la cérémonie, transformé en véritable forteresse avec des barrières spécialement installées, surplombées de barbelés et protégées par des blocs de ciment. La cérémonie s’est toutefois déroulée sans accroc.


La cérémonie d'investiture

Pour la première fois depuis 1869, un président américain a rompu avec la tradition en n’assistant pas à l’investiture de son successeur. Donald Trump s’est ainsi rendu en Floride quelques heures avant d’être démis de ses fonctions, ce qui lui a permis de profiter une dernière fois des moyens de locomotion présidentiels. Dans son dernier discours adressé au peuple américain, il s’est vanté du travail accompli ces 4 dernières années et a promis son retour. La cérémonie d’investiture n’a cependant pas manqué d’invités de marque : l’ancien vice-président Mike Pence accompagné de sa femme Karen Pence y ont assisté, ainsi que 3 anciens présidents et leurs femmes, Barack et Michelle Obama, George et Laura Bush, ainsi que Bill et Hillary Clinton. D’autres personnalités des mondes culturel et politique étaient présentes, telles Lady Gaga (qui a chanté l’hymne national) et Jennifer Lopez, ou encore les sénateurs Elizabeth Warren et Bernie Sanders, eux aussi anciens candidats à la présidence. La vice-présidente Kamala Harris, première femme à occuper ce poste, a prêté serment sur une bible, tout comme Joe Biden quelques minutes plus tard. Celui-ci, dans son premier discours de 21 minutes en tant que président, a appelé à l’unité nationale pour faire face aux différentes crises que traverse le pays. Il a en outre initié une minute de silence pour honorer les victimes américaines de la COVID-19. Pour clore la cérémonie, une jeune poétesse, Amanda Gorman, a déclamé un texte écrit après les émeutes du Capitole, appelant à s’opposer aux divisions qui scindent chaque jour un peu plus les Etats-Unis en deux. L’investiture s’est accompagnée de félicitations pleines d’enthousiasme de la part d’autres chefs d’Etats : ainsi Emmanuel Macron, dans un tweet adressé au président et à la vice-présidente, Justin Trudeau (Premier ministre canadien), Scott Morrison (Premier ministre australien), Ursula von der Leyen (Présidente de la Commission européenne), et bien d’autres ont assuré leur soutien au nouveau président américain.


Les premières mesures de l’administration Biden-Harris

Le changement de cap s’est fait ressentir dès la fin de journée. Joe Biden a signé le 20 janvier 17 décrets présidentiels, qui vont de la suspension de la construction du mur à la frontière mexicaine, à la fin du “Muslim Ban”, en passant par un retour des Etats-Unis dans l’accord de Paris sur le climat ainsi qu’au sein de l’Organisation Mondiale de la Santé, et un arrêté rendant le masque obligatoire dans certains lieux fédéraux. Pour les premiers jours de mandat, les priorités ont été fixées par Joe Biden : la sortie de la crise de la Covid, avec une accélération de la vaccination et une expansion du port du masque sur le plan sanitaire, mais aussi un plan d’1.9 trillion de dollars, incluant des chèques stimulus de $1,400 pour les américains. Au niveau économique, le président Biden compte annuler la baisse des impôts de Donald Trump, vue comme un cadeau accordé aux plus riches, augmenter le salaire minimum à $15/h (au lieu de 7.25) et limiter les licenciements liés à la Covid en débloquant 350 millions de dollars. Sur le plan écologique, il s’est engagé à organiser un sommet sur le climat, et à mobiliser un montant de $2 000 milliards afin de parvenir à la neutralité carbone d’ici à 2050. Enfin, il a annoncé une liste de mesures sociales avec pour objectifs de faciliter l’accès à la nationalité américaine pour les migrants, lutter contre les injustices ethniques, limiter les discriminations liées à l’identité de genre ou à l’orientation sexuelle. On peut citer les promesses de faire voter l’”Equality Act”, de rétablir les formations à la diversité dans les agences fédérales (annulées par son prédécesseur) ou encore de fixer la barre à 125 000 demandeurs d’asile par an au lieu des 15 000 actuels. Toutes ces actions seront mises en place par une équipe intentionnellement plus diversifiée afin de couvrir tous les visages de l'Amérique : des ministres ouvertement LGBT+, ou encore issus de minorités ethniques œuvreront de concert pour unifier la population et mener à bien les politiques ambitieuses du nouveau chef de l’exécutif américain, et veilleront au bon déroulement de ce mandat présidentiel qui s’annonce bien différent du précédent.

Source image : Los Angeles Times

Sarah K.

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