Figure de Novembre - Riad Sattouf



Rares sont les auteurs francophones de bande dessinée à connaître un succès retentissant, du moins au-delà de la sphère réduite des initiés. Seulement, Riad Sattouf affole tous les compteurs avec la récente sortie de l’Arabe du Futur tome 5 qui s’est déjà vendu à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires.


Riad Sattouf est né en 1978 d’une mère bretonne et d’un père syrien. Tout au long de son enfance, il alterne entre la Bretagne du cap Fréhel et la Lybie et la Syrie. En 1998, il intègre l’école des Gobelins dans la section « films d’animation » et il commence sa carrière dans la bande dessinée en 2003. Il commence cette année-là « Les pauvres aventures de Jérémie » et publie le « Manuel du puceau ». Très vite, il s’intéresse à l’autobiographie avec notamment « Retour au Collège » et « Ma circoncision ». De 2004 à 2014, l’auteur publie dans Charlie Hebdo la série « La Vie secrète des jeunes », où il relate des épisodes et des conversations glanées dans des banlieues défavorisées.


Le récit de son enfance, balloté entre deux modes de vie et des pensées contradictoires, les difficultés de la vie adolescente, l’identité psychologique, culturelle ou encore sociale et sexuelle sont des thèmes très récurrents dans l’œuvre de Riad Sattouf. La devise du personnage Pascal Brutal, « La virilité, c’est mon métier », illustre parfaitement l’humour baigné d’une réflexion profonde qui caractérise le style de Riad Sattouf.


Avec la publication du premier tome de l’Arabe du Futur en 2014, Riad Sattouf accède à la notoriété. Ce roman graphique autobiographique raconte méthodiquement son enfance et notamment la Lybie de Kadafi ou la Syrie de Hafez el-Assad. A travers le regard naïf de l’enfant qu’était Riad Sattouf, sont décrits la corruption, l’antisémitisme ou encore l’absurdité de la dictature libyenne. La figure du père de Riad est un aspect majeur de ce roman graphique. Abdel Sattouf est un docteur à la Sorbonne, écartelé entre deux cultures, il croit à l’Arabe du Futur, bercé dans un panarabisme éclairé. Tout en embrassant les concepts de l’Occident, il est entravé par son attachement envers la culture locale dont il finit par excuser les aspects les plus archaïques de peur de trahir ses origines. La mère de Riad perd quant à elle rapidement pieds dans un environnement syrien où règnent la violence, le sexisme et le racisme.


Le dessin épuré rend à merveille le quotidien syrien ou libyen, où les fonctionnaires corrompus attendent leur pourboire dans des bureaux aux murs lézardés. Bien que le point de vue de l’auteur soit très critique, cela ne tourne jamais au règlement de compte et les syriens de son village, en dépit d’une ignorance et d’une intolérance profonde sont touchant et leur manque d’éducation nous empêche de leur en vouloir. A travers l’Arabe du Futur, Riad Sattouf décrit la pesanteur des sociétés arabes qui poseront le socle du printemps arabe.


Source image : Paris Match

Gaspard Lepoutre