Gaz de schiste : le pour et le contre


Source image : Science et Avenir


Qu’est-ce que le gaz de schiste ?

On retrouve le gaz de schiste dans les sols argileux et dans des marnes noires (shale en anglais, improprement traduit par schiste). Chimiquement parlant, rien ne permet de distinguer le gaz de schiste du gaz naturel conventionnel. Mélange de différents hydrocarbures, il est surtout composé de méthane. En fait, la différence réside surtout dans la manière d’extraire le gaz du sol dans lequel il repose. Le gaz naturel repose dans des couches perméables tandis que le gaz de schiste est enfermé dans une roche imperméable qui l’empêche de s’échapper. On utilise, pour l’extraire, la méthode du forage hydraulique. Cela consiste à envoyer de l’eau à une pression supérieure à celle du sol. L’eau infiltre les fissures, les élargis, en créé d’autres et laisse ainsi le gaz s’échapper. Ajoutés à l’eau, du sable permettant d’empêcher les fissures de se refermer et des additifs facilitant l’extraction globale. La difficulté de son extraction fait que le gaz de schiste est considéré comme un hydrocarbure non-conventionnelle.

Ces dernières années, notamment aux États-Unis et au Canada, la production de gaz de schiste a fortement augmenté. La corrélation entre l’amélioration des techniques d’extraction et la hausse des prix des hydrocarbures a profité aux partisans du gaz de schiste. Toutefois, loin de faire l’unanimité, son exploitation est à l’origine de nombreux débats et en exposant ici les arguments des deux camps, il sera plus aisé de poser un jugement.


Avantages vs Inconvénients

Tout d’abord, soyons positifs. Les ressources de ce gaz sont énormes et elles pourraient assurer la demande énergétique mondiale encore quelques années. En plus, ces ressources sont mieux réparties ce qui peut aider les États à réduire leur dépendance énergétique. En plus de l’apport économique incontestable, l’extraction du gaz de schiste est moins polluante que les hydrocarbures dits traditionnels (170 grammes de CO2 par KWh quand le pétrole est à 220 grammes et le charbon à 330 grammes). Les réserves sont locales ce qui supprime tout le CO2 du transport et le gaz étant l’énergie la plus souple, son utilisation favorise le développement des énergies renouvelables. Les pays développés polluent les pays en développement en extrayant leurs énergies à l’étranger et il serait plus moral de le faire dans ses propres territoires. De plus, les normes environnementales sont très faibles dans les pays en développement et en extrayant du gaz de schiste en France, il serait plus facile de contraindre les entreprises à respecter ces normes.

Mais, si l’utilisation du gaz de schiste semble optimale au premier regard, il apparaît ensuite qu’il n’en est pas forcément le cas. Tout d’abord, l’argument de la faible émission de gaz à effet de serre est de fait erroné puisque la relative faiblesse de l’émission de CO2 est compensée par la fuite inévitable de certaines poches de méthane (le méthane étant un puissant gaz à effet de serre). Pour optimiser l’extraction et pour pallier sa difficulté, il faut édifier des puits régulièrement (entre 1 et 4 km de distance entre chaque puit). Chaque puit consommant en moyenne près de 15 000 m3 d’eau, parfois acheminée par camion-citerne, on imagine facilement le bilan écologique désastreux, surtout quand l’extraction d’une énergie est trop compliquée, les entreprises vont chercher à extraire en premier lieu les énergies accessibles aisément. Celles qu’on laisse de côté sont les hydrocarbures non conventionnels. Par exemple, l’Europe est dépendante du gaz que fournit la Russie, ce qui peut l’amener dans des positions délicates, notamment avec les conflits entre Russie et Ukraine. Dans le cas où un pays produirait la majeure partie de son énergie au moyen d’éolienne ; si le vent tombe, la relance des centrales au gaz se fait en l’espace de quelques minutes. Quand on sait que près de 25% de l’eau injectée ressort, accompagnée d’additifs dont la composition reste, pour la majorité, secrète. Au contact de l’argile, des substances toxiques se libèrent et polluent ensuite les nappes phréatiques alentours, si elles n’ont pas déjà été vidées par les entreprises d’extraction. De plus, le risque sismique augmente fortement en zone d’extraction.

Mais, s’il rencontre une si forte opposition, c’est que le gaz de schiste freine le changement de production énergétique. En repoussant l’urgence d’une pénurie, on n’encourage pas le développement d’une énergie plus verte et cela revient à nier l’urgence écologique qui, on le sait, se fait de plus en plus pressante chaque jour. Repousser l’échéance n’est pas la solution.


Et en France ?

En 2010, l’État français avait engagé un permis d’exploration pour tenter de trouver des poches de gaz de schiste. Cependant, il s’était confronté à une forte mobilisation des habitants de la région concernée et le Parlement a dû intervenir : l’exploitation du gaz de schiste en France n’est pas interdite mais la technique de la fracturation hydraulique est interdite. Néanmoins, l’État a demandé l’abrogation de cette mesure. Ah schiste, here we go again.


Sources :

Encyclopaedia Universalis eia.gov (U.S Energy Information Administration) connaissancedesénergies.org Reporterre Le Monde Larousse Site web de l’Assemblée Nationale


Thomas Destors