Interview - Julien Bargeton


Source image : Blog de Julien Bargeton


Julien Bargeton, Sénateur du groupe La République En Marche,

a répondu à toutes nos questions !


Demain Citoyens ! : Pouvez-vous vous présenter et faire un résumé de votre carrière politique ?


Julien Bargeton : Je m’appelle Julien Bargeton, je suis sénateur de Paris et j’ai 47 ans. Je suis né à Paris en 1973 et mon engagement politique remonte à 1993. J’ai adhéré à 20 ans au parti socialiste, dans lequel je suis , a réresté pendant 24 ans ; jusqu’en 2017. J’étais alors à Sciences Po. J’ai commencé à militer dans le 20ème en 1995 et j’ai finalement été élu en 2008 conseiller de Paris, ce qui montre bien qu’il faut toujours se montrer patient par ce que j’aurai finalement attendu 13 ans avant d’être élu. En 2012, je deviens adjoint chargé de déplacements de Bertrand Delanoë et en 2014, je deviens adjoint chargé des finances de Anne Hidalgo. En 2017 j’ai décidé de rejoindre Emmanuel Macron et j’ai été élu sénateur de Paris en octobre 2017. Je suis donc engagé dans la vie politique depuis assez longtemps.


Demain Citoyens ! : Pourquoi avez-vous vous voulu devenir sénateur ?


Julien Bargeton : Cela faisait déjà un moment que je voulais devenir parlementaire, que ce soit en tant que député ou sénateur mais ce n’était pas facile. En fait, j’avais eu une expérience locale assez longue et j’avais envie de passer du local au national. J’avais été adjoint pendant un an et demi au transport avec Bertrand Delanoë ; ensuite j’ai été aux finances avec Mme Hidalgo pendant trois ans et demi et j’étais déjà conseiller de Paris depuis 2008. J’avais donc déjà eu pendant 5 ans cette expérience d’exécutif local et j’avais vraiment envie de m’investir au niveau international. Parce que même si on voit des choses intéressantes au niveau local on se demande parfois s’il ne faudrait pas changer la Loi, on voit des choses quand on travaille sur le terrain et on se dit que ce serait intéressant d’avoir une dimension plus globale.


Demain Citoyens ! : Pensez-vous que la décentralisation prônée par le Sénat (1) permettrait un regain de l’intérêt pour la vie politique en France ?


Julien Bargeton : Oui, je pense. Il y a beaucoup de choses qui ont joué dans l’abstention ; notamment la crise du covid, et puis c’était très décalé du premier tour donc les gens avaient peut-être un peu oublié l’intérêt de ce vote. Mais ça traduit malheureusement aussi une défiance des français vis-à-vis du monde politique, vis-à-vis des institutions, et c’est très inquiétant quand on sait que les maires sont les élus les plus appréciés. Je crois donc qu’il faudrait donner plus de pouvoir au niveau local aux français en changeant la démocratie ; si les gens se sentaient impliqués ils iraient voter. Mais ça veut dire aussi imaginer plus de référendums, ça veut dire renforcer la démocratie participative. Il faut que démocratie participative et démocratie représentative soient complémentaires. En renforçant la décentralisation, les gens peuvent se dire que leur avenir dépend beaucoup plus du niveau local et ça pourrait être de nature à renforcer leur intérêt.


Demain Citoyens ! : Que répondriez-vous à un défenseur de la suppression du Sénat ?


Julien Bargeton :   Je répondrais que c’est toujours utile d’avoir deux chambres. Lorsque la France a été sous régime monocaméral, ça s’est mal fini ; à chaque fois ça s’est fini en dictature ou en empire …etc. Les régimes à chambre unique, en tout cas en France, ne marchent pas et il faut toujours une deuxième chambre pour apaiser le débat. Clémenceau disait « Pour faire le thé dans le monde arabe, on prend deux théières, une pour l’eau chaude et l’autre pour refroidir » et bien je pense que le Sénat c’est ça, c’est la chambre qui refroidit un peu les débats. L’Assemblée Nationale c’est une chambre qui assure une majorité et qui va se charger de voter les textes et on a besoin d’une chambre du pluralisme politique. Le Sénat c’est une chambre beaucoup plus libre et qui représente les territoires. Supprimer le Sénat c’est une décision un peu facile mais en réalité, cette chambre apporte du recul, de la sérénité et elle représente bien mieux les territoires que l’Assemblée. Choisir la facilité ça rime souvent avec se tromper.


Demain Citoyens ! : Vous avez longtemps été membre du parti socialiste puis vous avez décidé de rejoindre La Rem en 2017 ? Pourriez-vous nous expliquer qu’est-ce qui a motivé ce choix ?


Julien Bargeton : J’ai rejoint Emmanuel Macron pour plusieurs raisons. La première étant qu’avec Trump et le Brexit, j’avais peur d’une montée du populisme et du nationalisme. Je me disais qu’il ne fallait pas que le progressisme subisse. La deuxième raison c’était que j’en avais un peu marre d’un système politique français à bout de souffle, où on faisait croire qu’on était d’accord alors qu’on ne l’était pas ou inversement (ndlr, en référence aux partis de gauche et de droite). Je me suis dit que cette idée de droite et de gauche était contre-productive et qu’un parti centriste contribuerait vraiment à faire avancer la France. La troisième raison était qu’Emmanuel Macron incarnait un programme plus jeune, plus moderne, qui changeait un peu du système politique français qu’on avait. Il incarnait un projet, pas un programme à deux milles propositions, mais un projet qui correspondait peut-être plus à une vision plus moderne de la France que je défendais par exemple autour de Michel Rocard. Je partageais le même projet sur l’entreprise, sur la décentralisation, un projet social plus moderne. En comparaison, je trouvais que le parti socialiste n’arrivait pas à trancher sur un certain nombre de questions. Le danger qu’incarnait les souverainistes, l’envie de changer de système politique et le projet proposé, que je n’arrivais pas à imposer au sein du parti socialiste, m’ont convaincu de suivre Emmanuel Macron.


Demain Citoyens ! : On voit qu’Emmanuel Macron rencontre beaucoup de critiques en ce moment ; êtes-vous toujours en phase avec sa ligne politique ? Êtes-vous satisfait par sa gestion de la crise du covid ou au contraire, êtes-vous peut-être moins convaincu qu’au début ?


Julien Bargeton : Non je suis toujours en phase avec sa ligne politique et je pense qu’il a bien géré cette crise du covid. C’était un évènement inédit et personne ne savait faire face à ce genre d’épidémie qu’on n’avait jamais vécu et tous les pays ont du réagir comme ils pouvaient. Pour les gilets jaunes, le grand débat a été, je pense, la réponse adaptée. Je suis toujours en phase avec sa ligne politique mais j’ai aussi ma propre tonalité que j’essaye de faire passer en interne au sein du parti ou en interne au sein du Sénat. Je suis très, très attaché à la décentralisation ; je pense qu’il faut d’avantage se tourner vers les territoires. Je suis très attaché à l’écologie, je pense qu’il faut mettre le paquet parce que l’avenir de la planète est en jeu. Et puis il faut rester moderne dans la façon de voir la démocratie, notamment pour le numérique, et innover. Ce sont les trois sujets auxquelles je suis attaché et j’essaye, avec d’autres, de pousser, pour aller vraiment dans le sens de l’écologie, des territoires et de la démocratie.


Demain Citoyens ! : Vous êtes vice-président de la délégation sénatoriale à la prospective, pourquoi avoir choisi cette délégation en particulier et est-ce que cela s’inscrit dans cette volonté de suivre le mouvement de LREM ?


Julien Bargeton : Cette délégation me correspondait bien parce que, justement, la prospective ça me semble très important. J’ai rédigé un rapport sur les relations entre les générations parce que c’était un sujet qui pour moi est très important et on voit d’ailleurs avec le covid que les jeunes ne doivent pas être les victimes de cette crise avec le chômage, par exemple. Le pacte entre les générations c’est très important. De manière générale, la délégation à la prospective se tourne vers l’agriculture et l’écologie ou vers des sujets sur le transport, le véhicule électrique. Ça me correspond bien et quand on fait de la politique il faut être dans le temps long et le Sénat c’est une chambre qui permet d’être dans le temps long. On n’est pas sous la contrainte des votes majoritaires comme à l’Assemblée. C’est une chambre de réflexion, c’est une chambre qui peut prendre le temps de la prospective. C’est pour ça que j’ai choisi cette délégation parce que parfois, dans la politique, on est trop le nez dans le guidon, on est trop à court-terme, et il faut aussi pouvoir regarder à plus long terme les choses et la prospective ça sert à ça, ça sert dire « c’est quoi la France en 2050 ».


Demain Citoyens ! : Est-ce que regarder à plus long terme est plus une caractéristique du Sénat que de l’Assemblée Nationale ?


Julien Bargeton : Oui, un peu plus parce que le Sénat, on sait très bien que les votes, au fur et à mesure c’est l’Assemblée qui va les corriger, c’est l’Assemblée qui a le dernier mot. Le Sénat c’est une chambre de sagesse, de réflexion donc la prospective lui va assez bien.


Un immense merci à lui pour cette interview !


Notes :


(1) --> Contrairement à l’Assemblée Nationale, les sénateurs sont élus par des grands électeurs. Ils représentent beaucoup plus les collectivités territoriales que l’Assemblée qui elle, représente plus le peuple et donc les grandes agglomérations. Jeudi 02 juillet 2020, le président du Sénat Gérard Larcher, présentait les 50 mesures pour la décentralisation.


(2) --> Monocaméral relatif au monocamérisme, système politique dans lequel le Parlement est composé d'une seule chambre.


(3) --> En plus des sept commissions, il existe au Sénat des délégations. Elles sont chargées de contrôler le gouvernement. Elles réalisent en parallèle des études sur des sujets touchant à leur secteur et étudient les projets de lois. Elles n’ont pas de rôle juridique, elles ne peuvent donc pas faire des propositions de lois.


Gaspard Lepoutre