Interview - Marc Fesneau



Cette semaine l'interview tant attendue de Marc Fesneau, Ministre auprès du Premier Ministre, chargé des relations avec le Parlement et de la Participation Citoyenne !


Petite introduction :


Demain Citoyens ! : Pouvez-vous vous présenter ?


Marc Fesneau : Je m’appelle Marc Fesneau, je suis né à Paris en 1971. J’y ai fait une partie de mes études, puis après mon service militaire, je décide en 1995, de venir m’installer dans la maison familiale à Marchenoir, dans le Loir-et-Cher. Il se trouve qu’en 1995, ce sont les élections municipales dans mon village et le candidat de l’époque me propose d’être sur la liste. J’avais envie de m’engager, car avant mes 15 ans, j’avais déjà une sorte de conscience politique : on parlait beaucoup politique à la maison ce qui débouchait souvent sur des débats animés.


Demain Citoyens ! : Comment vous est venue cette conscience politique ?


Marc Fesneau : Ma première « conscience politique » c’est en 1981, avec l’alternance. Durant ma carrière, jusqu’en 2017, j’ai plutôt eu envie d’être en arrière-plan que devant.


Demain Citoyens ! : Pourriez-vous nous parler de votre parcours professionnel ?


Marc Fesneau : Après des études scientifiques, j’ai commencé à travailler à la chambre d’agriculture du Loir-et-Cher. En parallèle, je suis devenu élu local (conseiller municipal) en 1995. Cela fait 25 ans !


Demain Citoyens ! : Votre parcours politique ?


Marc Fesneau : J’ai un parcours plutôt classique : élu conseiller municipal en 1995, comme élu local j’ai rencontré Jacqueline Gourault. C’est l’une de mes plus grandes rencontres politiques et personnelles. Je me suis intéressé à elle et à ce qu’elle faisait en 1998 : à l’occasion des élections régionales, certains acceptaient de gagner avec les voix de l’extrême-droite, du Front National. Elle, non, elle s’y était opposée.


J’adhère alors à l’UDF (l’ancien MoDem) et je deviens collaborateur parlementaire au Sénat. Je suis réélu conseiller municipal en 2001, puis élu conseiller régional en 2004 ainsi que président de la communauté de communes. J’ai participé à la création du MoDem, et à partir de là j’ai fait toutes les campagnes de François Bayrou (2002, 2007, 2012).


« La politique c’est le fruit des rencontres. »


Aux régionales de 2010, je suis désigné tête de liste, et à ce moment-là, François Bayrou me propose de devenir secrétaire général du MoDem. La période 2007-2017 était une période assez difficile pour le parti. Je suis devenu maire de ma commune, mais je dirais que c’est plus un engagement personnel qu’un engagement politique. Arrive 2017, où se noue alors une alliance avec le Président de la République. François Bayrou m’incite à être candidat dans mon département du Loir-et-Cher puis à prendre la présidence du groupe à l’Assemblée.


A partir de 2017, il y a eu une sorte d’accélération du temps : on me propose de rentrer au Gouvernement, je refuse, car je trouvais que c’était trop rapide, et que je n’avais pas été élu pour entrer au Gouvernement quelques jours après. Le 16 Octobre 2018, on me propose d’entrer au Gouvernement en tant que Ministre chargé des relations avec le Parlement. Cette fois-ci j’ai accepté.


« Il y a des moments où il faut savoir dire non (aux opportunités) et il y a des moments où il faut savoir se dire qu’il y’a une aventure qui s’ouvre et qu’il faut essayer de la vivre. »


Demain Citoyens ! : Pourquoi le MoDem ?


Marc Fesneau : D’abord parce que je n’aime pas les caricatures d’un camp contre un autre, ce qui reflète un peu l’état d’esprit du MoDem. Ensuite parce que le choix était naturel pour moi au regard de la relation quasi-familiale que j’ai avec François Bayrou et Jacqueline Gourault.  


Demain Citoyens ! : Les partis sont très critiqués aujourd’hui, voire rejetés par certains citoyens. N’êtes-vous pas inquiet pour la capacité d’engagement politique des nouvelles générations ?


Marc Fesneau : Oui, je crains pour la capacité d’engagement tout court. Je ne pense pas que votre génération soit plus égoïste que la précédente. Notre génération avait été marquée par le chômage de masse, ou la crainte du SIDA. La France n’a jamais été un pays comportant trois millions de militants politiques, mais aujourd’hui les grandes utopies sont mortes, et sans utopie l’engagement est difficile. Les partis politiques peinent à attirer des militants. Aussi, l’engagement est plus présent hors des partis politiques, notamment dans les associations. Nous avons besoin de moyens d’expression pour les pensées citoyennes, sans pour autant créer des agoras de plusieurs millions de personnes. C’est pourquoi nous avons une démocratie représentative, qui essaye de porter les voix des citoyens le mieux possible. Au fond, les épisodes récents (gilets jaunes, crise du COVID-19…) ont participé à créer une somme d’individualités au détriment des partis politiques qui n’ont rien su faire contre.


Demain Citoyens ! : Pensez-vous que cette somme d’individualités finira par remplacer les partis politiques ?


Marc Fesneau : Bien évidemment, la somme de ces individualités pourrait réunir beaucoup d’adhérents actifs, sans pour autant constituer une pensée politique. Les partis doivent se remettre en cause pour entrer à nouveau en interaction avec la population, afin de structurer les pensées et sélectionner leurs candidats. Mais faire primer uniquement la deuxième partie de ce raisonnement et non la première pourrait tuer un parti. Certains partis politiques sont gangrénés par des pensées destructrices : le vote serait accessoire, faisant vivre la fiction d’un peuple souverain sans intermédiaire en permanence, qui décide de tout y compris le fait de révoquer des élus tout juste élus. S’il n’y a pas d’engagement politique, c’est un risque que nous courrons. L’engagement, votre engagement est nécessaire.


Demain Citoyens ! : Vous avez été élu très jeune dans votre commune, et paraît-il très actif. Quelles-sont les réalisations dont vous êtes le plus fier et qui vous ont apporté le plus de satisfaction ?


Marc Fesneau : J’avais été élu président d’une communauté de communes avant d’être maire, dans un territoire qui, avec 65% pour Nicolas Sarkozy en 2007, n’était pas favorable à mon étiquette MoDem. J’ai réussi à faire changer les idées. Dans ce conseil communautaire, j’ai toujours écouté mes collègues et n’ai jamais joué à les monter les uns contre les autres, tout en assumant mes positions.


Un exemple, en 2008, s’était installé un supermarché. Deux ans plus tard, plus rien, une véritable friche industrielle avec des commerces qui se cassent la figure. J’ai décidé de racheter les murs et de reprendre la station-service en régie. J’ai fait le pari de réinstaller une boucherie et une épicerie. Je pense que les communes de 700 habitants où on a pu réintroduire des commerces de ce type ne doivent pas être nombreuses.


J’ai eu la satisfaction de voir qu’il n’y avait pas d’inéluctabilité des choses. Bien évidemment, cela ne s’est pas fait sans opposition de la part de mes collègues. Certains me disaient « Ça ne sert à rien, il y a un supermarché à 30 kilomètres, ça suffit largement. » Même la chambre de commerce ne croyait pas à la réouverture de ces services. Cela montre que l’on peut concrètement agir sur le réel en changeant la vie des gens. Certains élus locaux se plaignent de voir leurs commerces de proximité mourir. Les élus peuvent sauver leurs petits commerces, c’est à eux de ne pas laisser s’installer ces grandes enseignes. En temps de confinement, les habitants étaient heureux d’avoir leurs magasins à 600 mètres plutôt qu’à 30 kilomètres.


« Les grandes pensées sont utiles, mais les petites actions sont essentielles. »


Un autre exemple, en 2004 j’ai été à l’initiative, avec d’autres acteurs du Loir-et-Cher, d’une filière bois-énergie pour entretenir les haies, valoriser le bois en circuit court pour donner un peu plus de revenus aux agriculteurs et forestiers. Si dans chaque territoire de France un système du même genre avait été appliqué, les choses seraient différentes aujourd’hui. Les donneurs de leçons, au lieu de faire des tribunes, feraient mieux de mettre les mains dans le cambouis et de porter leurs propres projets.


Demain Citoyens ! : Maire, puis Conseiller régional, Député, Président de groupe et Ministre en un an. C’est une ascension assez rapide, non ?


Marc Fesneau : Oui, mais la vie politique est faite d’accélérations et de décélérations. Rien de ce qui m’est arrivé n’a été envisagé. S’il y a trois ans on m’avait demandé d’être sénateur, j’aurais accepté. Malheureusement, il m’est arrivé une catastrophe : je suis devenu député ! (rires). Blague à part, rien ne s’est passé comme prévu et ce n’est pas si mal. Lors des remaniements, je ne suis pas sur tous les fronts en train d’écrire des tribunes sur tel ou tel sujet pour espérer décrocher un autre Ministère. Je ne me prête jamais aux quémandages des postes, c’est un jeu inutile dont personne n’est dupe, et certainement pas ceux qui décident.


Demain Citoyens ! : Que faites-vous faites en tant que ministre des relations avec le Parlement et de la Participation citoyenne?


Marc Fesneau : Le Ministère des relations avec le Parlement et de la Participation citoyenne est un ministère peu connu des Français, mais rien ne se ferait sans lui. C’est ici que l’on décide et influe sur l’ordre du jour au niveau du Parlement, qui décide de l’organisation du calendrier parlementaire, et c’est ici que l’on est en relation fréquente avec les présidents des deux assemblées, l’Assemblée nationale et le Sénat, qui ne sont d’ailleurs pas de la même tendance politique.

Nous essayons de faire en sorte que les textes présentés par le Gouvernement soient votés. Nous avons des groupes majoritaires divers et de plus en plus pluriels donc cela nécessite un travail de contact et d’échanges avec les députés pour s’assurer des votes, dans le cadre d’un compromis entre le Gouvernement et le Parlement.


Ici, dans mon ministère, la porte est ouverte à chaque député ou sénateur, qu’il soit de la majorité ou de l’opposition. J’essaie d’aplanir des difficultés de groupes et dans les relations avec le Gouvernement. C’est un ministère qui fait de la programmation, des relations, de la coordination. Il est peu visible, mais il est indispensable.


Demain Citoyens ! : Comment avez-vous géré la réforme des retraites ?


Marc Fesneau : J’ai décidé d’être au banc du premier au dernier jour, pour ne pas laisser les collègues seuls et pour s’assurer de la majorité. Je sentais bien que l’article 49.3 pouvait être utilisé, j’ai donc préparé les esprits. J’étais aussi présent dans les couloirs, c’est là aussi que des choses se font. Les problèmes se règlent ainsi, par la présence et par beaucoup d’énergie. Les journées commençaient à 9h du matin, et s’étendaient jusqu’à 1 ou 2h du matin, le tout pendant 12 jours. J’ai dû prendre la parole cinq fois, à des moments où la tension montait. Dans le rôle qui est le mien, il faut avoir une parole rare, pour la coordination gouvernementale et pour préserver l’institution parlementaire. C’est un rôle où il faut être crédible : il ne faut pas donner le sentiment d’être seulement partisan. Dans mon ministère, on peut venir se confier sans que cela ne s’ébruite.


Demain Citoyens ! : En une semaine, deux groupes se sont formés, comment interprétez-vous ce nombre très important de groupes actuellement ?


Marc Fesneau : Ce n’est que la réplique du séisme de 2017, qui a été un gros choc tectonique. La victoire présidentielle s’est construite sur la stratégie du dépassement, mais le système politique n’est pas stabilisé.


Ces deux nouveaux groupes, c’est la traduction en termes de pensée et d’organisation du caractère mouvant du champ politique actuel. Il y a des nuances mais peu de grandes différences entre les groupes UDI, Agir Ensemble, et le Modem. Entre le MoDem et LREM, les différences principales ne sont pas vraiment sur le fond. La différence fondamentale, c’est que le groupe MoDem a une expérience plus ancienne de l’exercice du pouvoir, il a une histoire comme point d’accroche. Une tempête ne nous déracinera pas. 


Demain Citoyens ! : Que représente selon vous l’engagement ?


Marc Fesneau : Le passage à l’acte entre le moment où vous pensez quelque chose et le moment où vous décidez de vous donner  les moyens de concrétiser cette  idée.


Un immense merci à lui !


Source image : Demain Citoyens !


Raph