L’élection de J. Biden : une bonne nouvelle pour les Européens ?



Samedi 7 novembre 2020, les médias américains annonçaient la victoire du candidat démocrate Joseph Robinette Biden, et de sa colistière Kamala Harris, aux élections présidentielles états-uniennes. Si l’élection de J. Biden en tant que 46ème Président des États-Unis aura incontestablement un impact sur la vie des Américains, de nombreux observateurs français s’accordent à dire qu’elle n’aura pas un effet considérable sur les relations qu’entretiennent les EU avec les États européens. L’arrivée du nouveau Président devrait contribuer à pacifier les rapports entre les citoyens américains, tant il est vrai que les fractures dans la société durant le mandat présidentiel précédent sont apparues nombreuses. Cette élection devrait aboutir également « à un retour prochain de la décence aux États-Unis, et avec elle, celui du fonctionnement « normal », « classique », des institutions nationales et internationale [et à la] fin des tweets intempestifs comme mode de gouvernance ». [1]

En revanche, les changements en matière de politique extérieure états-unienne devraient être moins prégnants (ne serait-ce que parce que les Républicains devraient conserver la majorité au Sénat) et les rapports de la France et de ses partenaires européens avec les EU risquent de n’évoluer qu’à la marge sous le mandat de J. Biden.

Le souhait des démocrates de protéger avant tout les intérêts américains est en effet avéré – ils soutiennent notamment les entreprises américaines regroupés  sous l’acronyme « GAFAM » - et le protectionnisme américain devrait rester actif au plan économique (cf. pour illustration la taxation des vins français importés aux EU). De l’avis du Ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, “depuis de longues années, les États-Unis ne sont plus un partenaire amical des Européens”, et si la Chine et l’Asie sont au cœur de la réflexion américaine, l’Europe n’est qu’une “variable d’ajustement”. Les présidents élus à Washington durant ces dernières décennies - démocrates ou républicains - n’ont par ailleurs montré que peu d’intérêt pour la constitution d’une réelle gouvernance politique au niveau européen. Leur soutien à l’Europe a essentiellement consisté à demander à cette dernière de financer la protection de ses territoires par les forces de l’OTAN (via l’achat de matériel américain notamment).


Au plan de la politique climatique cependant, les partenaires des États-Unis devraient se réjouir de l’élection du nouveau Président américain. En effet, celle-ci devrait conduire à un changement par rapport à la politique de Donald Trump, lequel, à de nombreuses reprises, a prononcé des discours climato-sceptiques durant sa présidence. Le Président républicain avait fait d’ailleurs du retrait de son pays de l'Accord de Paris l'un des thèmes phares de sa campagne de 2016, en promettant de revenir sur l'engagement de son prédécesseur, Barack Obama, à ce que les EU réduisent leurs émissions de gaz à effet de serre de 26 % à 28 % d’ici 2025.


Durant son mandat, D. Trump a nommé un climato-sceptique à la tête de l'Agence de protection de l'environnement (EPA) des EU et a entrepris notamment de relancer la politique du charbon. Biden a fait de l’écologie a contrario un de ses arguments principaux de campagne pour 2020 et il s’est déjà engagé à rejoindre l’Accord de Paris - dont les États-Unis sont officiellement sortis le 4 novembre 2020 - dès le premier jour de son mandat.

L’Accord de Paris

La COP21, organisée sous présidence française à Paris du 30 novembre au 12 décembre 2015, a permis de conclure un accord adopté à l’unanimité par les 196 parties (195 pays + l’Union européenne). Par cet accord, "toutes les parties" se sont engagées à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), avec l’ambition de stabiliser le réchauffement climatique dû aux activités humaines.

Ratifié notamment par la Chine, le Japon, les États-Unis et le Canada, entré en vigueur le 4 novembre 2016, l’accord de Paris est le premier accord universel sur le climat. Il est applicable à compter de 2020, date d’arrivée à échéance du protocole de Kyoto.

Les points clés de l’accord :

• Limite le réchauffement climatique « bien en deçà de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels » et appelle à « poursuivre les efforts pour limiter la hausse à 1,5° »

• Mais avec seulement l’objectif d’« un pic des émissions mondiales de gaz à effet de serre dès que possible »

• L’accord reconnaît la notion de justice climatique et tient compte des responsabilités différenciées des pays

• Il y aura une révision des engagements de réduction des GES tous les cinq ans, après un premier inventaire global en 2023. C’est à cette date que tout pays pourra se retirer de l’entente. Chaque pays pouvant changer d’objectif pour les GES, mais forcément à la baisse.

• « Un plancher de 100 milliards de dollars par an » venant des pays du Nord devrait aider les pays du Sud. Enveloppe a priori réévaluée à la hausse au plus tard en 2025.

• Pas question en revanche d’une « responsabilité ou compensation » pour les préjudices subis dans les pays en voie de développement.

Cet accord est cependant, de l’avis de nombreux scientifiques, bien insuffisant et doit aujourd’hui être élargi à des engagements relatifs à la protection de la biodiversité. Celle-ci est indispensable ; la capacité de résilience des écosystèmes ou les propriétés de certaines espèces permettent en effet d’atténuer l’impact des changements climatiques notamment. A l’aune de la pandémie de Covid qui fait rage à l’échelle mondiale, il est urgent que l’ensemble des États de la planète arrêtent une politique commune effective et coordonnée de protection des espèces et plus globalement de l’environnement.


Pour aller plus loin sur la biodiversité, ci-dessous le lien vers les documents et articles mis en ligne sur le site de France Stratégie :


https://www.strategie.gouv.fr/infographies/corporate-biodiversity-footprint

L’élection de J. Biden a provoqué un soulagement globalement partagé par les opinions publiques européennes, cependant n’attendons pas trop de changements venant du nouveau Président dans les relations politiques et économiques entre les États-Unis et l’Europe. Il revient maintenant à l’Europe de prendre l’initiative face à la première puissance mondiale en profitant du départ de D. Trump, comme l’affirme le ministre français de l’Europe et des Affaires Étrangères Jean-Yves Le Drian : « nous devons refonder la relation transatlantique ». [2]

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Armance CANDONI


[1] France Culture, « Biden président élu dans l'Amérique de Trump : le retour de la décence ? » émission L’esprit public diffusée le 08/11/2020.

[2]Interview donnée de J.-Y. Le Drian au journal Ouest France le 08/11/2020.