La démocratie en crise ?



La démocratie est censée être un idéal. Les institutions internationales et les plus grandes puissances de ce monde la promeuvent, voire l'imposent à certains pays non démocratiques. Cependant, nombreux sont aujourd’hui les pessimistes quant à l'avenir de notre cher système. La démocratie serait-elle en crise ?


Ce qui fait la crise

La démocratie a traversé de graves crises malgré sa courte histoire, notamment au XXème siècle. Seulement, avec la chute de l’URSS et des « démocraties populaires » du bloc de l’Est, qui n’accordaient pas réellement de pouvoir aux citoyens, ainsi qu’avec le développement de la démocratie dans le tiers-monde, tout semble aller vers la suprématie de la démocratie. Et pourtant, aujourd’hui, une crise de confiance entre les citoyens et leurs représentants semble s’installer, surtout dans les plus vieilles démocraties représentatives occidentales. Cela se traduit tout d’abord par un taux d’abstentionnisme de plus en plus élevé, particulièrement chez les jeunes. De plus, les partis et les mouvements populistes, rejetant les problèmes de société sur le système, progressent à chaque élection. Les positions politiques se polarisent, le climat devient plus propice à la violence qu’au dialogue.


Les origines de la défiance

Les raisons de cette défiance sont nombreuses. La conquête et la conservation du pouvoir semblent être plus importantes pour les responsables politiques que l’application des promesses de campagne. Les citoyens ne se sentent pas réellement impliqués dans les décisions, qui sont très souvent contestées. Les déceptions s’accumulent, tout comme les scandales liés à certaines personnalités politiques. La déresponsabilisation des politiques contribue à une perte de confiance des citoyens, qui se sentent souvent très distants du pouvoir. De plus, ces dernières décennies ont vu s’enchaîner de nombreuses crises, systémiques, qui fragilisent la démocratie : par exemple la crise des subprimes, le terrorisme, le coronavirus ou le dérèglement climatique. Depuis la fin de la période des Trente Glorieuses, la croissance est très fortement ralentie, tandis que le chômage progresse. Les nombreuses initiatives politiques semblent inefficaces, provocant un sentiment d’impuissance des citoyens et des représentants. Mais la démocratie tient. Elle a, face à elle, encore des grandes crises à venir. Et si ces dernières sont nombreuses, notre ère actuelle est marquée par l’apparition des outils numériques. S’ils peuvent accélérer la circulation de l’information, connecter les personnes les plus distantes et contribuer aux plus grands progrès de l’humanité, Internet permet aussi la multiplication et la complexification de l’information. Les réseaux sociaux propagent une quantité importante d’informations, et, de manière encore plus rapide, beaucoup de fake news. Ils enferment les citoyens dans une bulle sociale et médiatique, qui les entoure d’opinions qui leur plaisent et les laissent penser que tous sont d’accord avec eux. Les réseaux sociaux, parfois très violents, peuvent ainsi déconnecter les citoyens de leur monde et radicaliser leurs opinions. D’autres problèmes peuvent être soulevés, comme l’individualisme encore plus présent, danger abordé par Alexis de Tocqueville et Benjamin Constant au XIXème siècle, dans un capitalisme grandissant, ou bien la puissance des très grandes entreprises et l’influence du monde de la finance qui amenuisent l’autorité de l’Etat, et donc le pouvoir des citoyens. Le XXIème siècle voit s’affirmer la supériorité incontestable de la sphère privée au détriment des affaires publiques.


Le citoyen pourtant toujours présent

Mais finalement, le citoyen ne serait-il pas tout de même en train de reprendre le pouvoir ? En France, deux idées sont actuellement débattues, et marqueraient finalement une sorte de retour aux sources de la démocratie : la Convention Citoyenne et le Référendum d’Initiative Citoyenne. La première est une assemblée de citoyens tirés au sort, un des deux leviers de la démocratie athénienne antique ; elle est actuellement expérimentée : 150 français doivent ainsi proposer des solutions pour abaisser drastiquement les émissions de gaz à effet de serre de la France. La deuxième idée serait de permettre aux citoyens de provoquer un référendum sans l’accord du Président de la République, ou du Parlement, pour voter une proposition de loi, pour abroger une loi votée par le Parlement ou un traité, pour modifier la Constitution ou pour révoquer un élu. Il s’agirait d’un dispositif de démocratie directe, proposé par de nombreux politiques, et revendiqué par quelques mouvements sociaux. Toutes ces initiatives de la part des citoyens montrent une volonté certaine d’assurer un vrai pouvoir au peuple, à l’ensemble des citoyens.


En bref

Athènes donna naissance à la démocratie, le régime qui laisse l'ensemble des citoyens décider pour sa cité. Malgré les limites qu'elle présente, cette démocratie athénienne fut fondatrice : elle a inspiré les valeurs des nouvelles démocraties au sein des Etats modernes, dès la fin du XVIIIe siècle. La démocratie doit cependant s'adapter à cadre différent de celui des Cité-Etats antiques : un territoire plus grand, une population plus importante, une société plus individualiste. La démocratie représentative assure donc le pouvoir du peuple tout en garantissant les libertés individuelles. Aujourd'hui, la démocratie semblerait traverser une crise de la confiance entre scandales et déceptions, désintéressement et polarisation des opinions. Et si l'avenir de ce système, toujours considéré comme idéal mais décrit comme « le pire des régimes excepté tous les autres » par Churchill, semble compromis, de nombreuses solutions et initiatives semblent se profiler. Plus que jamais, le citoyen doit se battre, pour défendre ses droits, pour défendre son régime. Plus que jamais, nous devons faire des citoyens de demain, des électeurs éclairés.


Source image : Mairie de Vendenheim

Louis D.

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