La fin de la vie privée : l’exemple chinois



Aujourd’hui, Mei a gagné 20 points en aidant un voisin malade mais en a aussi perdu 10 après avoir oublié de payer une facture. Chun, un de ses amis, est sur liste noire car ses dettes sont trop importantes. Il fait quotidiennement l’objet d’enquêtes. Sa patronne l’a renvoyé après diverses menaces des autorités et tous les jours, l’État s’assure de le traiter en comme « une personne dangereuse ».

Ceci n’est pas un épisode de Black Mirror ou un cauchemar. Le quotidien de Mei et Chun est celui de plusieurs millions d’habitants chinois. La Chine, première puissance industrielle, est le premier pays à avoir lancé un système de crédit social (SCS).

Plus de 200 millions de caméras disséminées dans 260 villes pilotes, épiant les faits et gestes des citoyens chinois. Allié de différents outils comme la reconnaissance faciale, l'analyse des messages sur les réseaux sociaux et la géolocalisation, les moindres faits et gestes des habitants sont révélés. Ce système, censé garantir la sécurité intérieure du pays en reconnaissant les criminels, permettrait aussi de bâtir une société modèle avec des citoyens exemplaires.

L’intelligence artificielle (IA) joue un rôle majeur dans le contrôle de la population. Je ne vous parle pas là de robots humanoïdes aux multiples fonctions mais des algorithmes qui permettent de résoudre des problèmes complexes qu'on aurait cru réservés à l'intelligence humaine. Cela en simulant des capacités humaines comme la perception et le raisonnement, sans toutefois accéder à la notion de conscience. Vous ne vous en doutez peut-être pas mais nous utilisons tous quotidiennement des IA plus ou moins complexes.

Ce domaine de recherche, datant des années 50, connaît depuis ces 8 dernières années une révolution grâce à l’association de ces algorithmes avec d’immenses bases de données et des ordinateurs de plus en plus puissants.

Aujourd’hui, la Chine est capable de mettre en place un tel système de sécurité grâce aux nouvelles technologies. Les policiers chinois possèdent des lunettes équipées de la reconnaissance faciale afin d’identifier les personnes qu’ils croisent. Un système similaire permet également de contrôler l’accès aux transports en commun. Ces informations sont progressivement rassemblées dans un dossier unique et accessible à l’ensemble des administrations du pays. Le pouvoir de contrôle de l’État sur ses habitants est de cette manière renforcé.


Cette expérience de surveillance intérieure chinoise est en plein développement à l’échelle nationale avec l’installation de 400 millions de caméra prévues à cet effet.

On peut se demander comment le gouvernement chinois possède des photos de tous ses citoyens pour les reconnaître. Afin d’acquérir un tel jeu de données, celui-ci a imposé aux opérateurs de télécommunication de scanner le visage et la carte d’identité de tous leurs nouveaux clients, permettant ainsi d’associer un visage à chaque numéro d’identité.

Il serait naïf de croire que tout ceci n'est possible qu'en Chine. Déjà en 2013, Edward Snowden a exposé le piratage illégal de milliards de messages électroniques et d'appels téléphoniques dans le monde entier par l'Agence Nationale de la Sécurité (NSA) aux États-Unis. La toile s'étend aux profits des géants du numérique qui collectent toujours plus de données sur chacun d’entre nous.


L'Europe est plus soucieuse du respect de la vie privée, comme l'a montré en 2018 l'entrée en vigueur du règlement général de protection des données. Néanmoins le contrôle social reste une menace à l'avenir pour nous tous.


Source image : Fortune

L.Saudemont