La gratuité des protections hygiéniques en France



Le 24 novembre dernier, l’Écosse a fait passer une loi historique, car encore inédite dans le monde. Le texte avait été fortement soutenu en février dernier, lors de la première lecture et a été adopté récemment. Il s’agit là de la gratuité des protections hygiéniques dans le pays.


Cette loi vise à aider les femmes souffrant de précarité menstruelle, soit le fait de ne pas pouvoir se procurer de protections, par question d’économie. En effet, un paquet de ces protections indispensables coûte en général entre 3 et 6 euros, soit, selon les calculs de l'organisation de la Fondation des Femmes, un prix de 8000 euros durant toute une vie, ce qui n'est pas abordable par toutes les femmes. En effet, 500 millions de femmes sont atteintes par la précarité menstruelle dans le monde et en France, près d’un quart de la population a ses menstruations chaque mois, parmi ce quart, 1,7 millions de femmes rencontrent des problèmes au moment de s’en procurer.


Souvent, des femmes aux revenus trop faibles substituent ces protections trop chères par des moyens dangereux pour la santé comme de simples serviettes ou papiers, qui peuvent amener à des infections et douleurs potentiellement dangereuses pour leur santé.


La situation en Écosse

Depuis août dernier, l’Écosse prend des mesures de grande ampleur afin d’aider les femmes touchées par la précarité menstruelle. Le gouvernement a annoncé avoir lancé une initiative fournissant à 395 000 élèves et étudiantes du pays des protections périodiques. Pour Aileen Campbell, membre du Parlement, « Dans un pays aussi riche que l’Écosse, il est inacceptable que des personnes soient obligées de lutter pour s’acheter des produits sanitaires de base. »



Puis, la loi pour la gratuité totale de ces protections pour les femmes en situation précaire a donc été adoptée en novembre. Cette loi n’a pas fait l’unanimité, car le coût de sa mise en application s’élève à 9,7 millions de livres, soit 11 millions d’euros. De fait, selon l’ONG Plan International, 10% des femmes interrogées n’ont pas pu acheter de protection, par manque d’argent, 15% ont trouvé difficile de les financer et 19% ont opté pour des alternatives moins chères mais moins adaptées. Pourtant, l'Écosse avait su prendre des mesures dès 2018, lorsque le pays a été le premier à distribuer gratuitement des protections hygiéniques dans certaines écoles et universités.


La situation en France

En France, des changements sur le sujet ont été observés en février 2020, lorsque les secrétaires d’État de l’égalité homme/femme, de la solidarité et de la santé ont annoncé le lancement d’une mesure expérimentale concernant “La gratuité des protections hygiéniques dans plusieurs lieux collectifs”, c’est à dire dans des écoles, prisons ou centre d’hébergement d’urgence. Ainsi, en septembre, douze lycées d’Île de France ont testé la mise en place de distributeurs de serviettes hygiéniques bio et tampons gratuits. Le coût de cette expérimentation s'élève à 1 million d’euros, selon ces mêmes secrétaires d'État.



Enfin, lors de l’interview en direct d'Emmanuel Macron sur le média en ligne Brut, ce vendredi 4 décembre, ce dernier a apporté des précisions sur la possible adoption de la gratuité totale des protections en France pour les femmes à la rue et ne pouvant pas “acheter de quoi se protéger et être digne”. Le président n’a pas cependant donné de date exacte et a déclaré qu’il avait « demandé qu’on avance, je veux qu’avec les associations compétentes et pour toutes les femmes qui sont dans cette situation on puisse avoir une réponse. ». En effet, cette problématique a pris de l’ampleur cette année avec la loi Écossaise et la crise de la COVID-19. La situation a laissé des femmes sans abris dans une situation où se procurer des protections devenait de plus en plus dur, de ce fait, il a déclaré que les choses avanceront bientôt, « Je ne veux pas préempter le travail du Gouvernement mais c’est quelque chose qui au premier semestre de l’année prochaine aura une réponse très concrète »


Les initiatives déjà lancées

Certaines personnes pensant aux victimes de la précarité menstruelle n’ont pour autant pas attendu une loi et des actions concrètes du gouvernement pour former des associations et leur venir en aide. Il existe à travers le monde, nombre de collectifs dévoués à cette cause, tels qu’en France la Fondation des Femmes créée fin 2014, qui organise par exemple des collectes de protections. Cette année la collecte menée a su récolter 380 000 produits hygiéniques.



De plus, selon ces associations et les gouvernements français et écossais, la lutte de concerne pas seulement l’approvisionnement gratuit en protections, mais aussi la destruction du tabou entourant les règles, qui selon eux est la source principale du problème. Ainsi, chacun peut participer à cette lutte, en faisant des dons à différentes organisations ou simplement en en parlant autour de soi, afin de briser le voile entourant les menstruations.


Source image : Brut

Damien Herlin

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