La situation actuelle des Ouïghours chinois : un peuple opprimé


Source image : Thomas Peter, Reuters, non daté


Gulhumar Haitiwaji est une fille de déportée ouïghoure. Sur la plateforme Youtube, elle raconte son histoire dans une vidéo vue par maintes personnes et qui a eu un grand retentissement en France. Sa mère se trouve actuellement dans un camp de rééducation chinois, à l’instar de centaines de milliers d’autres personnes. Depuis 2018, la Chine a effectivement intensifié sa politique de répression menée contre cette minorité musulmane turcophone, vivant en majorité dans la région du Xinjiang située dans le Nord-Ouest de la Chine.

Les raisons avancées par le gouvernement chinois pour justifier cette action

Depuis plusieurs années, le président chinois Xi Jinping justifie sans relâche la nécessité de mener cette politique de répression. En effet, d’après lui, les volontés indépendantistes et séparatistes des Ouïghours doivent absolument être réduites à néant puisqu’elles s’opposent à la politique de sinisation enclenchée par le gouvernement chinois depuis des décennies, qui cherche à mettre en exergue les bienfaits de la civilisation chinoise et à contraindre les différentes ethnies habitant dans les frontières de la Chine à s’assimiler à l’ethnie dominante, les Hans. L’objectif, pour le gouvernement chinois, est donc de rendre ces peuples « plus chinois » qu’ils ne le sont déjà. D’autre part, les Ouïghours constituent, selon Xi Jinping, un danger immédiat qui doit absolument être enrayé. Le président tient effectivement le peuple ouïghour pour responsable de divers attentats perpétrés sur le sol chinois. L’attentat, qui a eu lieu sur la place Tiananmen à Pékin en octobre 2013 et qui a occasionné la mort de cinq personnes, est par exemple attribué à des terroristes ouïghours. Les Ouïghours sont également accusés d’avoir commis l’attentat terroriste du 1er mars 2014 dans la gare de Kunming, qui a entraîné le décès de vingt-neuf Chinois.


Source image : Le Figaro


Comment s’organisent ces camps de rééducation ?

Pour la Chine, un vaste programme de rééducation s’avérait donc nécessaire pour tenter de siniser cette population. Ainsi, au moins un million de ces musulmans sunnites seraient aujourd’hui détenus dans des camps de rééducation. Des mesures drastiques ont été mises en place par le gouvernement chinois. En effet, pour y être emprisonné, il n’est pas nécessaire d’avoir été condamné. Dans ces camps, les détenus subissent des exactions, qu’elles soient physiques ou morales. Il semblerait notamment que les femmes ne puissent pas porter le voile islamique et que les détenus soient obligés de boire de l’alcool, manger du porc et chanter des chants patriotiques chaque matin. De plus, les détenus sont constamment sous surveillance, même lorsqu’ils se rendent aux toilettes, afin d’empêcher tout risques d’évasion. L’idéologie communiste leur est alors inculquée de force. D’après la Chine, toutes ces mesures et règles permettraient ainsi d’annihiler tout risques de radicalisation ou de terrorisme qui nuirait à la stabilité du pays. Rebiya Kadeer, militante des droits de l’Homme et de l’ethnie ouïghoure et présidente du Congrès mondial des Ouïghours, a par ailleurs déclaré dans une interview disponible sur le site d’information Orient XXI qu’il y avait là « une tentative, de la part de la Chine, de combiner le renoncement à la religion musulmane avec un endoctrinement idéologique. Le tout étant censé régénérer les Ouïghours récalcitrants ». Les enfants ouïghours, quant à eux, sont pour la plupart envoyés dans des camps d’endoctrinement et y sont obligatoirement internés afin de recevoir une éducation patriotique et d’assimiler la propagande du gouvernement chinois. Ils n’ont par exemple en aucun cas le droit de parler leur langue. Le but est donc de transformer ces jeunes générations d’Ouïghours en Hans, l’ethnie majoritaire du pays.
















Rebiya Kadeer, personnalité ouïghoure fréquemment proposée pour le prix Nobel de la paix, lutte intensément contre l’oppression du peuple ouïghour, qu’elle qualifie de « système arbitraire total » (OrientXXI, 11 octobre 2018).



Comment réagissent les autres Etats et les personnalités politiques face à cela ?

Aujourd’hui, le traitement réservé aux Ouïghours ne laisse plus indifférent. Longtemps ignoré par la communauté internationale, la répression chinoise a récemment entraîné de vives réactions de la part de multiples Etats. Tel est le cas des Etats-Unis, qui ont décidé il y a peu d’interdire l’octroi de visas d’entrée à plusieurs responsables chinois membres du Parti communiste. Le pays accuse effectivement ces dirigeants chinois d’être en lien avec ces « abus horribles et systématiques » commis à l’égard des Ouïghours. La Turquie, quant à elle, a également pris la décision de réagir, du fait des similitudes culturelles, linguistiques et religieuses partagées par le peuple turc et le peuple ouïghour. En 2019, Hami Aksoy, porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères, a expressément demandé à la Chine d’interrompre sur le champ les actes entrepris, qualifiant la politique de répression menée par le gouvernement chinois de « honte pour l’humanité ». En France, pléthore de personnalités politiques se sont aussi insurgées contre l’action chinoise. Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, a par exemple souligné la nécessité, pour la Chine, d’inviter Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili et désormais Haut-Commissaire aux Droits de l’Homme de l’ONU, pour qu’elle puisse véritablement rendre compte de la situation. Raphaël Glucksmann, député au Parlement européen, a également décidé d’exprimer son profond désaccord à l’égard de la politique chinoise. Le fils du célèbre philosophe et essayiste André Glucksmann a d’ores et déjà interpellé Emmanuel Macron sur le réseau social Instagram, dans une vidéo visionnée par des dizaines de milliers d’internautes, pointant du doigt le manque de « réactivité » du président de la République. Néanmoins, l’impact des réactions sur ce sujet reste limité et aucun acte visant à modifier ostensiblement le sort réservé aux Ouïghours n’a réellement vu le jour.


Sources :

« D'ex-détenus témoignent des conditions atroces de "camp de rééducation" en Chine », RTBF, 17 mai 2018

Rebiya Kadeer, « Ouïghours. « Un système de détention préventive » des musulmans chinois », OrientXXI, 11 octobre 2018

« La Turquie dénonce le traitement des Ouïghours en Chine, une "honte pour l'humanité », France24, 10 février 2019

« Ouïghours en Chine : cinq minutes pour comprendre le sort de cette minorité musulmane », Le Parisien, G.L, 29 novembre 2019

« Ouïghours : Paris appelle Pékin à "mettre un terme aux détentions arbitraires de masse" », L’Express, 27 novembre 2019

Laurence Defranoux et Valentin Cebron, « Chine : les Ouïghours enfermés dès l’école », Libération, 5 septembre 2019

« Pourquoi le monde laisse la Chine persécuter les Ouïghours », Le Figaro, 10 juillet 2020


Martin Bouyrat