Le séisme au Népal, révélateur de la vulnérabilité du pays


Le Népal ou « au pied des montagnes » en nipalaya, est le 25ème pays le plus pauvre du monde, instable politiquement depuis la fin de la guerre civile en 2006. Le 25 avril 2015, le séisme Ghorka frappe le pays. Mesuré à 7,8 sur l’échelle de Richter, soit le deuxième le plus fort du monde jamais enregistré, il est ressenti 800 km plus loin à New Delhi. Une nouvelle collision entre la plaque indienne et eurasiatique à l’origine de l’Himalaya met en évidence les failles du système népalais.


Des fractures sociales

Au total le bilan frôle les 9 000 morts, 24 000 blessés, et 8 millions de sinistrés. On considère que près d’un tiers de la population du pays a été touchée. Au lendemain du drame s’enclenche une crise humanitaire. Selon l’ONU, 160 000 maisons sont complètement détruites et 1 million d’enfants sont privés d’école. À cause du relief du pays, plus de 400 000 personnes sont inatteignables malgré l’aide internationale. Mais pourquoi, selon la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge (FICR), encore 4 millions de personnes vivaient dans des abris temporaires un an après le séisme ?


Le séisme a mis en évidence des problèmes sociaux. Les inégalités et notamment la résurgence des anciennes castes abolies en 1964, ont exacerbé les problèmes dans la structuration de la société du Népal. Les castes comme les impurs ou les intouchables ont beaucoup plus été touchées. En plus du manque de moyens, celles-ci sont souvent constituées de paysans. L’eau de la mousson qui a suivi le tremblement de terre a pénétré les failles créées et a causé au mieux la perte des récoltes, sinon des glissements de terrain emportant des villages entiers.


Une économie meurtrie par son manque de diversité

Dépendante de l’agriculture qui représente un tiers du PIB et emploie 70% de la population, l’économie du pays a subi une récession l’année suivante.


De plus, le secteur touristique, qu’il soit un tourisme de trek et d’alpinisme ou un tourisme culturel, a été arrêté. Au moins 18 personnes sont mortes sur le toit du monde, et 80% des monuments et des temples à Katmandou ont été détruits. La Tour de Bhismen, équivalent de notre Tour Eiffel nationale, s’est effondrée et avec elle le symbole de la création de l’État-nation népalais et de son identité.


La construction d’une économie diversifiée est donc essentielle sur le long terme pour le Népal. Cela lui permettrait d’être moins vulnérable face aux catastrophes naturelles.


Une politique hasardeuse

C’est la politique népalaise qui s’est vue la plus critiquée dans sa gestion de la crise. Le pays est instable du point de vue politique, et l’État n’a pas su assurer son rôle dans ce moment clé.


Royaume fermé aux étrangers jusqu’en 1951, la monarchie est fragile et fait face à une guerre civile menée par une guérilla maoïste de 1996 à 2006. Après un coup de force du roi, une grève illimitée éclate et le royaume du Népal signe un accord de paix et devient un État de type « fédéral, démocratique et républicain ». Les forces politiques tantôt maoïstes, marxistes, ou socialistes et la démocratie précoce font que le pays n’est pas prêt à gérer une crise d’une telle ampleur.


Les dirigeants politiques ont profité de l’unité nationale et de la vulnérabilité des électeurs pour faire passer de grandes réformes au lieu de mener une politique de redressement.  Une fois l'urgence passée, les populations ont tout simplement été laissées pour compte sous leurs bâches par leur gouvernement, qui considéra qu'il était plus urgent de s'occuper de la reconstruction de l'État et de la création d’une constitution.


Entre problèmes sociaux, économiques et politiques, la reconstruction du Népal n’est pas finie, même plus de 5 ans après la catastrophe. Le pays doit désormais faire face à ses responsabilités et tirer les leçons du drame. La reconstruction finale du Népal sera d’autant plus difficile qu’il y aurait 2 à 3 millions de népalais dans les pays du golfe et en Malaisie, et au moins autant en Inde, des forces vives qui ne participeront pas à l’effort de reconstruction du pays.


Source Image : Wikipedia

Max GC