SOS d'étudiants en détresse



« Alors que nous étions parmi les premiers de cordée quand il s’agissait de fermer les universités, nous voilà les derniers déconfinés ». Dans une lettre ouverte au Président de la République, des étudiants de l’Université de Haute-Alsace font part de leur sentiment d’abandon. Depuis le confinement, le 16 mars 2020, ils ne sont en tout et pour tout retournés en cour en présentiel que pour six semaines, de la rentrée jusqu’au 28 octobre, date du reconfinement. Et en effet, si pour la plupart, ce reconfinement n’était pas le synonyme de grands changements si ce n’est une restriction des activités de loisirs, pour eux, cela signifiait retour au distanciel, aux cours Zoom, Teams, problèmes informatiques et « débrouillez-vous si vous avez des questions ».


Premier problème que pose ce reconfinement : beaucoup d’étudiants ont perdu leurs sources de revenus (les petits jobs, les stages, le baby-sittings…), c’est-à-dire environ 20% de leurs ressources financières, alors même que cette année, la Fage, première fédération étudiante, prévoyait une hausse de 3% du coût de la vie étudiante. Le prix du loyer, par exemple, continue d’augmenter, ce qui représentait déjà 69% du budget mensuel des étudiants. Le coût de la facture de téléphone aussi : plus de 2% cette année. Rajoutez à cela le prix des masques : 31,75€ par mois d’après la Fage. Et comme avec le reconfinement, les cantines universitaires ont fermé pour la plupart, on peut maintenant rajouter à cette belle addition le coût de la nourriture. Certains étudiants se retrouvent même dans des situations économiques si précaires qu’ils se retrouvent à devoir faire un choix entre se payer à manger et payer la connexion Internet.


Deuxième problème rencontré par les étudiants, mais surtout par les professeurs : le décrochage scolaire. En effet, les visioconférences ont cet avantage : c’est plus facile de faire l’appel sur Zoom ou Teams que de compter tout le monde dans un amphithéâtre. Et donc plus facile pour les professeurs de remarquer qui vient ou plutôt qui ne vient pas. Ainsi, si à cette époque de l’année, normalement, le taux de présence varie entre 60 et 70%, cette année, il est descendu à 50%. Ce qui veut donc dire que 50% des étudiants n’assistent pas aux cours. Et il est un petit peu plus compliqué de connaître l’étendue des dégâts qu’au premier confinement. En effet, en mars dernier, les professeurs connaissaient déjà les élèves, un groupe de classe avait pu se constituer, et le lien établi permettait d’identifier rapidement ceux qui ne suivaient plus, et de les rattraper. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, en particulier pour les premières années. Les étudiants n’ont eu que six semaines de cours, et pas complètement en présentiel, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas eu l’occasion de se connaître et de faire des groupes de classe. C’est une situation particulièrement compliquée et difficile pour les étudiants de première année : les méthodes de l’université sont différentes de celles du lycée, et ils sont livrés à eux-mêmes dans un univers nouveau, parfois tout en expérimentant pour la première fois la vie d’adulte sans leurs parents. Sans compoter le fait que certains ne peuvent même pas accéder aux cours en ligne, faute de réseau. Les troisièmes années sont eux-aussi confrontés à une situation épineuse, avec une incertitude grandissante sur leur avenir professionnel : compliqué de trouver des stages…


Mais ce n’est pas tant le problème du décrochage qui inquiète les étudiants. Eux, se sentent plus concernés par un autre problème, un « non-accrochage » à leur vie étudiante. « C’est difficile d’avoir vingt ans en 2020 » disait Emmanuel Macron le 14 octobre 2020, lorsqu’il annonçait le second confinement. Ce ne sont pas eux qui soutiendront le contraire : pour nombre d’entre eux, ils ont l’impression d’être une génération sacrifiée. Pour sauver les aînés, les jeunes renoncent à tout ce qui fait le charme de la jeunesse, et de la vie étudiante plus particulièrement : cette année, pas de journée d’intégration, pas de fête… Et cette fois, contrairement à mars dernier, ils n’ont plus l’impression d’avancer, de faire quelque chose de bien. Les étudiants se sentent coincés dans un immobilisme déprimant alors qu’autour d’eux, la vie continue « presque » normalement : les lycéens et collégiens vont en cours, la plupart des salariés vont au travail… Mais pour eux, c’est « bosse et tais-toi, ne te plains pas, y en a qui meurent » rapportent certains étudiants. Et ce reconfinement a des conséquences sur leur santé. 50% des étudiants déclarent souffrir de l’isolement et de la solitude. D’après l’Observatoire de la vie étudiante, 31% d’entre eux présentent même des signes de détresse psychologique, comme de l’anxiété. Ils dénoncent un manque de soutien psychologique, mais cela dure depuis des années. Le système d’aide pour ce genre de problème est à bout de souffle, la crise du Covid ne fait que l’achever. En France, on dénombre 1 psychologue pour 29 882 étudiants. À titre de comparaison, aux États-Unis, c’est 1 pour 1600. Et les recommandations internationales préconisent 1 pour 1000-1500. En 2018, l’Observatoire de la Santé avait déjà publié une étude révélant que 22% des jeunes entre 18 et 24 ans avaient déjà eu des idées suicidaires. Le suicide est la deuxième cause de mortalité pour eux (devant le Covid-19).


Le 21 janvier 2021, le Président de la République a annoncé que des mesures seraient prises pour aider ces étudiants au bout du rouleau. Il promet pour tous les étudiants qui en feraient la demande, deux repas par jour à 1€, même pour les non-boursiers. Il souhaiterait également mettre en place un « chèque-psy » qui permettrait aux universités de travailler en collaboration avec les centres hospitaliers, et plus spécifiquement les psychiatres et les psychologues. Ce « chèque-psy » serait mis en place autour du 1er février, mais pour l’instant on n’en connaît pas encore les modalités. Mais le Président a aussi annoncé un léger retour au présentiel, 20% maximum, ce qui représente quand même un jour par semaine.


Drôle d’époque, décidément, où les jeunes sont contraints de vivre reclus comme des personnes âgées pour sauver ces dernières.


Source image : France Bleu

Louise Gautier

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