Une nouvelle forme de démocratie



Après plus de deux millénaires d'absence, la démocratie signe un retour retentissant, à travers deux révolutions, aux États-Unis en France, qui provoquent une rupture forte avec toutes les formes de gouvernance existantes. Le peuple a de nouveaux idéaux et pèse dans le débat public le citoyen prend possession de droits politiques. Nous entrons dans l'époque contemporaine.


La notion de citoyen revient, car à nouveau, le peuple détient le pouvoir. Mais l’espace et le temps ont changé par rapport à la cité d'Athènes six siècles avant Jésus-Christ. En effet, les Etats modernes, comme la France ou les États-Unis du 20e siècle sont plus vastes, plus peuplés, ce qui rend impossible une démocratie directe. De plus, la société devient plus individualiste, l'essor du commerce et l'importance de la sphère privé prennent plus importance que les affaires publiques, l'activité économique pour la prospérité le bien-être matériel devenant la priorité. C'est ce changement de cadre qu’analyse le théoricien Benjamin Constant. Il comprend qu'une nouvelle forme de démocratie doit émerger, en intégrant de nombreuses libertés individuelles, mais en incluant toutefois le citoyen dans la vie de la cité. De cette réflexion naît le système représentatif. Un système où le citoyen délègue ses choix politique à un représentant élu. De cette manière il peut s'occuper de ses intérêts privés tout en défendant ses intérêts collectifs.


Ainsi, au fil du 19e et du 20e siècle après diverses expérimentations, et de nombreuses révolutions, la démocratie progresse, jusqu'à devenir la norme, considéré désormais comme un système idéal. Partout dans le monde, le peuple devient souverain. Il devient un ensemble de citoyens. Et si le processus a été long au 19e siècle, et que le 20e siècle a connu la montée des dictatures et un grand recul de la démocratie, nous sommes désormais pour la plupart citoyens sur terre, libres de penser de s'exprimer, égaux à tous les autres, avec le droit de choisir un représentant, nos gouvernants.


Pourtant, à travers Benjamin Constant et Alexis de Tocqueville nous pouvons identifier les limites et les dangers de la démocratie. Dans son ouvrage De la liberté des anciens comparée à celle des modernes, Benjamin Constant explique que les citoyens doivent être vigilants, ils ne doivent pas laisser le pouvoir politique, poussé par la poursuite du bonheur personnel. Car si le citoyen se replie sur soi, il perd une part de souveraineté. L'autorité, quant à elle, n'a pas le devoir de rendre les gens heureux, car il s'agirait là d'imposer une vision de bonheur. Elle doit tout simplement assurer « l'éducation morale des citoyens » et créer un désir de la chose publique. Tocqueville de son côté partage ses inquiétudes pour protéger la démocratie. Il dénonce deux écueils de la tyrannie de la majorité, cette dernière possédant le pouvoir, pouvant imposer ce qu'elle veut, ainsi que le despotisme démocratique : Le désintéressement de la vie politique, facilité par un individualisme grandissant, permettrait aux représentants de gouverner comme bon leur semble.


Par son juste équilibre entre prospérité personnelle et droits politiques, entre individualisme et souveraineté du peuple, la démocratie représentative est le système le plus adapté à l'époque contemporaine. Il faut cependant assurer un contrôle des représentants, un pouvoir judiciaire fort et indépendant, et un désir de la chose publique pour maintenir l'équilibre, et ne pas tomber dans les nombreuses dérives possibles de la démocratie.


Source image : Wikipedia

Louis D.

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