Va-t-on faire grimper la dette publique à cause du Coronavirus ?


Source image : Vie Publique


Il y a quelques semaines alors que le coronavirus ne touchait pas encore notre pays, nous parlions de réforme des retraites et d’enjeux économiques. Aujourd’hui, la France est en confinement presque total, les travaux parlementaires sont suspendus et la plupart des entreprises du secteur privé ou public ont fermé. Pour pallier à ce gel de l’économie nationale sur une période indéterminée, le Président de la République Emmanuel Macron, a annoncé, lors d’une allocution télévisée, une enveloppe de 345 milliards d’euros, dont 300 milliards de PGE (Prêts Garantis par l’État, afin de venir en soutien aux entreprises qui ne sont plus en marche à cause du confinement), et 45 milliards d’euros pour le reste (matériels de santé, indemnisation pour le chômage partiel, primes pour tout le personnel soignant etc) qui passera mercredi 15 Avril, à 100 milliards d’euros soit mercredi, 16,6% du PIB français pour venir en soutien aux entreprises à l’arrêt et permettre aux salariés de toucher un salaire.

Coronavirus, crise sanitaire ou économique ?

Le bilan meurtrier du coronavirus augmente chaque jour, en France et dans le monde, les gouvernements adoptent différentes mesures pour lutter singulièrement contre une menace commune. À cet égard, le gouvernement français a décidé de prendre cette crise très au sérieux et a donc déclenché un plan de lutte draconien, car comme l’a exprimé plusieurs fois Emmanuel Macron « Nous sommes en guerre ». Aussi, toutes guerres, qu’elles soient contre un ennemi localisé ou non, entraînent forcément des lendemains difficiles d’un point de vue financier et d’un point de vue social. Cette crise que nous traversons, est donc avant tout une crise sanitaire mais aussi une crise économique.

Un plan de relance face à une chute certaine ou une banqueroute de l’état français ?

Plus de 345 milliards d’euros, c’est beaucoup. La France sort tout juste de la crise des gilets jaunes et des grèves liées à différentes réformes, on peut donc légitimement se poser la question « Où l’État va-t-il chercher tout l’argent qu’il est aujourd’hui en train de poser sur la table ? ». À cette question, une seule réponse apparaît aujourd’hui comme logique ou du moins plausible : la dette publique. Car l’augmentation des impôts ou des taxes ne ferait qu’entrainer des grèves et serait inutile, car elle couperait l’élan de relance économique voulue par le gouvernement. Mais le problème avec ces dettes publiques, c’est que les réglementations européennes sur ce point imposent un taux d’endettement inférieur à 60% du PIB pour chaque pays, et, en cas de crise, d’une augmentation de la dette et sa diminution sous 3 ans. Sinon, une amende est donnée. La France ayant déjà reçu une amende en 2017 due à sa dette estimée à près de 98% de son PIB, risquerait aujourd’hui à nouveau de se faire sanctionner. Or, en cas d’augmentation trop importante de sa dette et d’une amende de l’Union Européenne, la France pourrait se retrouver, même si cela reste très hypothétique, dans la même situation que la Grèce. Celle-ci étant devenue insolvable suite à la gestion désastreuse de ses différents gouvernements.

Comme le disait Louis-Ferdinand Céline « On ne meurt pas de dettes. On meurt de ne plus pouvoir en faire. »

Des règles autour de la dette avec des objectifs inatteignables.

Nous venons de le voir, il apparaît presque évident que la France se fera sanctionner par l’Union Européenne. Or, au regard de cette crise sanitaire mondiale, il est aussi fort probable que des pays comme l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, et d’autres, se fassent sanctionnés pour la même raison. Il parait donc impossible que l’Union Européenne ne mette pas en place de nouvelles mesures plus souples pour permettre à ces pays de se relever économiquement. Cet assouplissement des règles aura certainement lieu post-crise favorisant les pays avec une forte dette. Ce qui pourra bien évidemment favoriser l’économie française. Sans parler du futur, on peut voir que les traités de l’union européenne autour de la dette, datant de 1992, étaient de toute façon très peu réalistes : aujourd’hui 14 pays sur la totalité des États membres ont une dette supérieure aux normes de Maastricht. Ces normes sont donc plus pénalisantes que réellement utiles et nous permettent de se poser la question suivante : Faut-il changer les règles autour de la dette de l’Union Européenne en sachant que de toutes façons la moitié des pays ne les respectent pas ?

Mon avis sur le sujet est plutôt simple. La dette, si elle est bien gérée peut être excessive et dépasser ce qu’un pays produit réellement. Les taux d’endettement autorisés pourraient donc être arrêtés à l’échelle européenne et réadaptés aux économies nationales. Ces règles privilégieront une dette certes sérieuse, sans toutefois aller dans des dimensions démesurées car comme le disait François Escalle dans un article pour Challenges le 28 mars 2020 "Plus que le niveau de dette, le plus important est la capacité d’un État à convaincre qu’il peut la maîtriser sur le long terme".


Par Baptiste STIPA

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