Xi Jinping

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Source image : Union des Savoirs


Tandis que les contaminations liées au coronavirus augmentent de manière exponentielle en Europe, la Chine se vante d’avoir stoppé l’épidémie et n’affiche à ce jour plus aucune contamination d’origine locale. Malgré l’apparente efficacité des moyens mis en œuvre pour stopper la pandémie, la confiance envers le gouvernement par ses citoyens se voit rompue. En effet, le système autoritaire de gestion de la crise (près de dix millions de personnes confinées en un temps record) était validé face à la supposée inefficacité des valeurs démocratiques et, s’inscrivait dans un contrat social officieux entre un régime autoritaire mais efficace et protecteur et une population assurée d’une vie décente. La cause de cette rupture ? La prise en charge désastreuse du début de l’épidémie :

Un premier cas diagnostiqué le 16 novembre et une alerte générale le 1er décembre dont le Dr Li Jianhian paya de sa vie en bravant l’interdiction de ne pas lancer l’alerte. Cette censure aux conséquences désastreuses s’inscrit dans un contrôle de la population de plus en plus autoritaire progressif et mis en place depuis l’arrivée de Xi Jinping, l’actuel dirigeant de la République Populaire Chinoise (RPC). Mais, qui est véritablement cet homme qui se fait appeler « Oncle Xi », et qui, après avoir été comparé à Winnie l’Ourson par ses opposants, décida de la censure de tout ce qui pouvait se rapporter au petit ours de peluche ?

Biographie :

Tout d’abord, on ne peut parler de lui sans présenter son père, Xi Zhongxun. Homme fort du pouvoir, il deviendra même le plus jeune premier ministre de la RPC. Mais ses critiques fréquentes vis-à-vis du pouvoir en place et ses pensées jugées trop libérales lui vaudront une carrière en dents de scie avec une première mise à l’écart en 1962 et une seconde, cette fois définitive en 1989. Grâce à la position de son père, Xi Jinping passe la première partie de sa vie à Zhongnanghai, la résidence des dignitaires du régime. Puis, à l’instar de la plupart des étudiants, il est envoyé à la campagne pour être éduqué par des paysans. Il relate cette période de sa vie comme un moment fort où il serait parvenu à conquérir le cœur des villageois, bien que certaines versions divergent fortement de celle officielle.

En 1974, il entame son ascension politique et rejoint le parti communiste pour occuper la place de secrétaire de la Ligue de la jeunesse communiste de la brigade de Liangjiahe. Appuyé par quelques relations de son père, il parvient à regagner Pékin en 1975 et intègre l’université Qinghua en qualité d’étudiant « ouvrier-paysan-soldat ». Ses études seront couronnées par l’obtention d’un diplôme de chimie en 1979. Toujours grâce au soutien de son père, il devient secrétaire de Geng Biao, alors à l’époque secrétaire général de la Commission Militaire Centrale (CMC). Il décide ensuite de sortir du réseau familial pour se créer le sien en devenant secrétaire adjoint du canton de Zhengding. Cette décision lui sera favorable car il échappe ainsi à l’onde de choc causée par la mise à l’écart définitive de son père en 1989. En 2007, il arrive à la tête de la municipalité de Shanghai mais quitte ce poste six mois plus tard pour intégrer le comité permanent du bureau politique, organe suprême du Parti Communiste Chinois (PCC). Les rumeurs concernant sa succession à Hu Jintao se précisent et en novembre 2012, il est élu secrétaire général du PCC. Il accède ensuite à la présidence 4 mois plus tard et sera réélu en mars 2018.

Un pouvoir puissant et qui se personnalise

Si les spécialistes peinent à s’accorder au sujet de l’étendue du pouvoir de Xi Jinping, ils tombent par contre d’accord sur le fait que le dirigeant chinois possède une emprise sur les institutions et un contrôle quasi-personnel du peuple chinois. Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer :

Tout d’abord, il a grandi au sein du parti ce qui lui confère une connaissance parfaite des institutions et des rouages du pouvoir. De plus, ses nombreuses expériences au sein même des provinces où il a pu séjourner, sa connaissance de l’élite intellectuelle et politique qu’il côtoie depuis sa jeunesse et son expérience au côté de Geng Biao lui assure un réseau immense et diversifié. De plus grâce sa femme Peng Liyuan, chanteuse militaire extrêmement populaire, il s’assure le soutien de l’armée. Xi Jinping est le secrétaire du PCC, le président de la CMM et le président de la RPC ce qui lui permet d’avoir le contrôle total des institutions. Sa capacité à centraliser le pouvoir de manière à ce que les stratégies politiques soient mises en place par des conseillers que le président chinois surveille de près lui a valu de nombreuses comparaisons avec Mao.

Au fil des années, le pouvoir de Xi Jinping a pris une tournure personnelle et son élection en 2012 a mis fin a une dynamique d’institutionnalisation croissante du régime. De plus, le combat contre la corruption dont il se veut le leader permet certes de lutter contre le mauvais comportement des petits fonctionnaires et qui sapent l’autorité du gouvernement, mais elle permet en parallèle de se débarrasser et de réduire au silence les opposants politiques. Un exemple frappant de la personnalisation du pouvoir est qu’il a proposé au VIème plenum du Comité central un remaniement d’un texte fondamental du PCC et qui imposait la direction collective et la démocratie interne. Comme conséquence de cette progression vers l’absolutisme, on peut observer un contrôle permanent du réseau internet chinois, les opposants politiques et les « dissidents » sont réduits au silence, la propagande est omniprésente, une stratégie de « lutte contre l’influence pernicieuse des valeurs occidentales » pour reprendre les termes de Xi Jinping est mise en place et le contrôle des enseignants et des n’importe quel contenu culturel s’accentue.

Un pouvoir qui présente toutefois des limites...

Même s’il reste l’homme fort du PCC, certains n’hésitent pas à marquer leur désaccord comme peut le faire Liu Yunshan, chef de la propagande et qui fédère autour de lui une opposition déterminée. La politique de lutte envers la corruption permet de contrôler ses opposants mais elle incite en parallèle les cadres à l’immobilisme. Malgré l’idéologie du communisme, l’économie chinoise reste très libérale et s’inscrit parfaitement dans le capitalisme. Cependant, cette économie est menacé d’étouffement par des contrôles qui se renforcent et deviennent de plus en plus fréquent. Ces contrôles fragilisent aussi une montée en gamme technologique et qui repose sur l’innovation. Obnubilé par la peur de paraître faible aux yeux de son peuple, Xi Jinping prône l’intransigeance à l’international et notamment en mer de Chine méridionale où « la position de Pékin est vue comme celle d’un hégémon en formation » selon Paul Charon, docteur en sciences politiques.

Un culte de la personnalité omniprésent Xi Jinping a entrepris de construire une nouvelle image du pouvoir. Les similarités entre le culte de la personnalité que pouvaient pratiquer les dirigeants de l’ancienne URSS et celui utilisé par le président chinois sont frappantes. Des campagnes médiatiques sont organisées à chaque déplacement du leader du PCC. C’est une occasion pour lui de se faire photographier auprès de paysans, d’enfants et de familles. Il déjeune fréquemment dans des gargotes populaires pour afficher l’image d’un dirigeant accessible et proche de son peuple. Pour renforcer l’efficacité de la propagande, il n’hésite pas à utiliser les nouvelles technologies telles qu’une appli qui récompense les citoyens ayant passé le plus de temps à réviser les citations d’« Oncle Xi » ou encore l’intelligence artificielle. Les chaînes de télé diffusent régulièrement les discours du président ou encore des documentaires qui le mettent en scène aux côtés de paysans ou d’enfants. On observe une volonté de pseudo transparence de la part du dirigeant chinois. La Chine fait son entrée dans l’âge d‘or de la communication politique.

Une volonté de domination politique et économique à l’international

Dès 2013, Xi Jinping met en place le Belt and Road Initiative (BRI), un programme d’aménagement de l’Asie centrale pour en faire un espace intégré aux ressources facilement exploitables ; « une nouvelle route de la soie » selon Julie Desrousseaux, journaliste économique. En 2015, il met en place le programme Made in China 2025, qui vise à faire remonter la Chine vers l’amont de la chaîne de production internationale dans un but de contrôle des nouvelles technologies. Pour célébrer le centenaire du parti communiste qui se tiendra en 2049, cette politique vise à faire de la Chine le leader parmi les puissances industrielles mondiales. Mais le programme Made in China 2025 a très vite été perçu comme une entrave à l’hégémonie économique des USA. Ainsi, la Chine refuse de se prêter au jeu du multilatéralisme où les nations se spécialisent et deviennent donc dépendantes des autres. Pour concurrencer la puissance d’innovation américaine, la chine de Xi Jinping s’appuie sur une capacité d’investissement phénoménale, notamment à l’étranger. En effet, les investissements à l’étranger sont passés de 2,1 milliards en 1996 à 216 milliards en 2016. Malgré une économie forte, la Chine doit faire face à de nombreux défis tels que ceux du middle income trap (hausse des coûts salariaux, population vieillissante, faible sécurité sociale, dégradations environnementales et qui entraînent des conséquences sanitaires parfois désastreuses).

Sources : ▪ Paul CHARON, « Xi Jinping (1953- ) »,

Encyclopaedia Universalis [en ligne], consulté le 26 mars 2020.

▪ Brice PEDROLETTI, « Les enjeux du sixième plenum du comité central du Parti Communiste Chinois », Le Monde [en ligne], consulté le 26 mars 2020.

▪ Julie DESROUSSEAUX, « Chine contre USA, du bras de fer commercial à la guerre économique », Pour l’Eco [journal papier], édition d’Octobre 2019

▪ Valérie NIQUET, « Coronavirus : la Chine mène une guerre de l’information »,

Le Figaro [en ligne], consulté le 19 mars 2020.

▪ François BOUGON, « Xi Jinping, champion d’une propagande dopée à l’intelligence artificielle », Le Monde [en ligne], consulté le 26 mars 2020

Gaspard L

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